Ici, s’ouvre la version jeunesse des Sorties de cadres, textes initiés par les contraintes d’écriture que vous pouvez m’adresser par mail, à l’adresse: mb@traitpourtrait.org, en indiquant votre prénom et votre nom.

Je vous propose de choisir un des trois types de contraintes qui suivent :
– vous m’envoyez une première phrase par laquelle je devrai débuter le texte, et une seconde par laquelle je serai tenue de le terminer.
ou
– vous me donnez 5 mots, que je devrai placer, dans l’ordre, au fil du récit.
ou
– vous me proposez deux prénoms et une situation de départ (exemple: Julie et Adèle sont dans un bateau, perdues au large)

La cavale de Becrouge

sur les phrases Fanny vient juste de sortir de la douche, elle a une serviette sur la tête et Les voisins préparaient le barbecue du soir de Selma Beillevaire

Fanny vient juste de sortir de la douche, elle a une serviette sur la tête. Comme elle s’avance dans la cuisine pour se servir un verre d’eau, Almès entre en courant dans la pièce. La petite fille, très agitée, raconte à sa mère comment Becrouge, son coulpic, a disparu. Il s’est faufilé par un trou creusé dans le muret au fond du jardin et elle n’a pas pu le rattraper. Le drôle d’animal, une boule de poils pas plus grosse qu’une orange, ressemblerait presque à un oiseau avec son bec effilé, d’un rouge flamboyant. Seulement, il se déplace maladroitement en sautillant sur de courtes pattes de poulet car ses ailes sont bien trop petites pour le porter. Ses oreilles de cochon et son œil unique planté au milieu du front, tel celui d’un cyclope, complète cette curieuse allure.
Fanny retire la serviette qui lui couvre la tête et libère ses long cheveux translucides. Après avoir attrapé leurs anoraks, elle entraîne Almès dans le jardin et ouvre le portail qui donne sur le chemin du Grand bois gelé. La mère et la fille frissonnent à l’idée de devoir s’aventurer dans ce terrible endroit. Elles se regardent un long moment, inspirent profondément avant de se lancer à travers les immenses troncs pétrifiés par le givre. Elles s’arrêtent de temps à autre pour crier le nom de Becrouge, ou soulever une fougère avant de regarder derrière un rocher. Mais elles ne trouvent pas trace de l’animal. Après une demi-heure de recherches, elles sentent le froid mordre leurs orteils, piquer leur joues et geler leurs oreilles. C’est alors qu’elles se retrouvent face à une girafe du nord, à la fourrure blanche quadrillée de noir, qui se penche pour coller son museau sur le nez d’Almès, qu’elle fixe de ses yeux bleu glacier, les sourcils froncés. Fanny pose la main sur l’épaule de sa fille pour la rassurer. Elle connaît bien les girafes du nord, et elle sait que leur mauvais caractère cache une immense générosité. Elle s’adresse aimablement à elle et lui explique qu’elles recherchent Becrouge, leur coulpic. La girafe du nord relève la tête et déploie son long cou. Elle sourit largement et leur conseille de poursuivre leur route quelques centaines de mètres vers l’ouest, jusqu’à atteindre le Lac du Grand bois gelé. Le chant des pinsons qui y vivent attire les coulpics comme le chant des sirènes attire les marins. Inquiètes, Fanny et Almès se dépêchent de repartir dans la direction indiquée par la girafe. Almès, malgré la fatigue, distance sa mère et parvient la première sur les rives du Lac du Grand bois gelé. Elle pousse un crie d’horreur quand elle aperçoit Becrouge au milieu du lac, raide de froid, les pattes prises dans la glace. Comme elle est la plus légère, elle s’avance avec beaucoup de précautions sur la surface gelée tandis que Fanny entoure une longue mèche de ses cheveux translucides autour de sa taille, pour la retenir si la glace venait à céder. Arrivée près de Becrouge inconscient, Almès doit creuser autour de ses pattes afin de le libérer. Une fois qu’elle y est parvenu, elle le serre contre elle pour le réchauffer tandis qu’elle rejoint Fanny sur la rive. Le coulpic semble si mal en point que Fanny prend Almès sur son dos et coure aussi vite qu’elle le peut sur le chemin du retour. Becrouge qui tremble à présent de tous ses membres, est recroquevillé entre elles deux. Fanny ralentit aux abords de la maison lorsqu’elle sent de petits coups de bec contre son omoplate. Almès glisse au sol, portant toujours Becrouge contre elle. L’animal renifle l’air qui l’entoure, tout en ouvrant son œil encore engourdi. Fanny et Almès sentent à leur tour l’odeur qui a certainement ranimé Becrouge, dont elle connaisse la gourmandise. Avec toute cette agitation, elles avaient oublié que les voisins préparaient le barbecue du soir.

Le monstre de Kersidan

Situation suggérée par Zolan Biron-Sire:
Dini le plongeur, nage en pleine mer avec son fidèle ami Fanai.

Comme chaque fin d’après-midi cet été, Dini le plongeur, rejoint son fidèle ami Fanai qui l’attend sur la plage de Kersidan. Dès que Dini a enfilé sa combinaison, et ajusté son masque et son tuba, les deux garçons s’élancent en riant du côté du rivage. Ils nagent vers le large, en direction de l’île Verte, quand Fanai s’étonne à la vue d’un étrange rocher, à quelques brasses devant eux. Habituellement, aucun îlot n’affleure à cet endroit, pas même pendant les grandes marées, lorsque la mer descend si bas que certains rochers habituellement cachés, émergent tout à coup. Après avoir alerté Dini, le garçon s’approche du rocher pour en faire le tour. Il cherche ensuite à l’escalader, seulement, sa surface lisse et humide est si glissante que Dini doit le pousser pour l’aider à grimper à son sommet. L’endroit, peu étendu, est étrangement désert. Pas un coquillage ne s’y est accroché, pas un animal n’y a laissé la moindre trace. Seules quelques algues s’effilochent ici et là. Alors que Dini s’apprête à monter à son tour, les deux amis sentent une vibration les secouer avec une intensité qui s’accentue rapidement. Fanai est soulevé par un mouvement inexpliqué qui l’entraîne vers le ciel tandis que Dini est repoussé au loin avec une telle violence qu’il s’enfonce quelques mètres sous la mer. Lorsqu’il sort la tête de l’eau, il n’en croit pas ses yeux. Son ami, terrifié, lui fait de grands signes, perché sur la tête d’une créature extraordinaire. L’animal, gigantesque, fixe Dini de son regard brillant de colère. Ses branchies fumant, s’agitent nerveusement tandis qu’il se penche de plus en plus près, observant Dini, sans se soucier de Fanai, assis à califourchon sur son crâne pour ne pas tomber. Fanai est terrorisé, pourtant son esprit est parcouru de scénarios de combats plus fous les uns que les autres qui lui permettraient de terrasser la bête. Alors qu’il envisage de se jeter dans une bataille perdue d’avance, il perçoit une vague lueur dans les yeux de l’animal. Tandis qu’il jette un œil vers son ami, il voit ce dernier griffer la tête du monstre. Il lui crie alors de le gratter derrière les branchies et constate que la gueule de la bête se détend. Il perçoit également un ronronnement qui s’intensifie petit à petit. Comme Fanai gratte avec beaucoup d’application, la créature se retourne brusquement sur le dos, le projetant encore plus loin que ne l’a été Dini. Après un moment d’hésitation, les deux amis nagent vers l’animal pour aller lui gratter le ventre, comme on le ferait avec un chat. Assourdis par les ronronnements puissants, Dini et Fanai échangent un regard complice, impatients de voir la réaction des membres de leurs familles quand ils leur raconteront cette formidable aventure !

Chacun ses goûts

Situation proposée par Louisa Biron-Sire:
Louna et Emilie participent au concours du meilleur gâteau du village.

Emilie et Louna n’avaient pas imaginé qu’il serait si difficile de se mettre d’accord sur une recette lorsqu’elles s’étaient inscrites au concours du meilleur gâteau du village. Voilà déjà deux heures qu’elles se creusent la tête, le nez dans les livres de cuisine, sans rien trouver qui leur convienne. Elles sont si absorbées par leurs recherches, qu’elles ne remarquent pas le chat Rayonyon, lorsqu’il grimpe sur la table pour s’y installer. Seulement, quand il leur propose sa recette de cake chocolat-sardines, les deux fillettes sursautent. Elles dévisagent le chat, puis se regardent. Une fois la surprise passée, elles le remercient chaleureusement, mais déclinent son offre, en retenant une moue de dégoût.

– Vous avez tort, c’est excellent! S’exclame Rayonyon, un peu vexé.

Le chat hausse les épaules puis se roule en boule tout contre Emilie. Alors que Louna, découragée, soupire bruyamment, un pinson, posé sur le rebord de la fenêtre se racle la gorge, pour attirer leur attention. Louna, Emilie et le chat, se tournent vers lui d’un seul mouvement. C’est alors qu’il leur dit :

– Si vous voulez mon avis, vous ferez un malheur avec une crème brulée aux vers de terre.

Rayonyon, dressé sur ses pattes, près à bondir sur l’oiseau, est retenu par la main de Louna, qui répond gentiment à l’oiseau :

– Merci beaucoup pour cette merveilleuse suggestion, mais je ne crois pas que le village soit prêt pour une telle originalité.

– Non, poursuit Emilie, il nous faut une recette un peu plus classique…

– Moi, je sais, intervient Gaspard, le frère de Louna, en entrant dans la cuisine. Je sais ! Vous pourriez faire une pièce montée en glace à la fraise. Une gigantesque pièce montée de glace ! Trois mètres de haut ! Je vous aide, si vous voulez.

Les deux filles lui sourient. Elles adorent l’idée, seulement, ce serait bien trop périlleux de présenter une glace le jour du concours. Elle risquerait de fondre à vue d’oeil. Et puis, les fraises du jardin ne sont pas encore tout à fait mûres.

– Par contre, dit Tante Annette en passant la tête par la fenêtre, tout à côté du pinson, les cerises de votre Grand-Père sont magnifiques ! Surtout, il connaît une recette de Charlotte savoureuse.

– Parfait ! Allons lui demander ! S’écrient Emilie et Louna en cœur, tandis que Rayonyon s’approche dangereusement du pinson, qui préfère s’envoler.

C’est donc grâce aux précieux conseils de Grand-Père que la meilleure Charlotte aux cerises de Kercaudan sera cuisinée. Sans oublier l’aide inestimable du chat Rayonyon, passé maître dans l’art du dénoyautage des cerises.