La cavale de Becrouge

sur les phrases Fanny vient juste de sortir de la douche, elle a une serviette sur la tête et Les voisins préparaient le barbecue du soir de Selma Beillevaire

Fanny vient juste de sortir de la douche, elle a une serviette sur la tête. Comme elle s’avance dans la cuisine pour se servir un verre d’eau, Almès entre en courant dans la pièce. La petite fille, très agitée, raconte à sa mère comment Becrouge, son coulpic, a disparu. Il s’est faufilé par un trou creusé dans le muret au fond du jardin et elle n’a pas pu le rattraper. Le drôle d’animal, une boule de poils pas plus grosse qu’une orange, ressemblerait presque à un oiseau avec son bec effilé, d’un rouge flamboyant. Seulement, il se déplace maladroitement en sautillant sur de courtes pattes de poulet car ses ailes sont bien trop petites pour le porter. Ses oreilles de cochon et son œil unique planté au milieu du front, tel celui d’un cyclope, complète cette curieuse allure.
Fanny retire la serviette qui lui couvre la tête et libère ses long cheveux translucides. Après avoir attrapé leurs anoraks, elle entraîne Almès dans le jardin et ouvre le portail qui donne sur le chemin du Grand bois gelé. La mère et la fille frissonnent à l’idée de devoir s’aventurer dans ce terrible endroit. Elles se regardent un long moment, inspirent profondément avant de se lancer à travers les immenses troncs pétrifiés par le givre. Elles s’arrêtent de temps à autre pour crier le nom de Becrouge, ou soulever une fougère avant de regarder derrière un rocher. Mais elles ne trouvent pas trace de l’animal. Après une demi-heure de recherches, elles sentent le froid mordre leurs orteils, piquer leur joues et geler leurs oreilles. C’est alors qu’elles se retrouvent face à une girafe du nord, à la fourrure blanche quadrillée de noir, qui se penche pour coller son museau sur le nez d’Almès, qu’elle fixe de ses yeux bleu glacier, les sourcils froncés. Fanny pose la main sur l’épaule de sa fille pour la rassurer. Elle connaît bien les girafes du nord, et elle sait que leur mauvais caractère cache une immense générosité. Elle s’adresse aimablement à elle et lui explique qu’elles recherchent Becrouge, leur coulpic. La girafe du nord relève la tête et déploie son long cou. Elle sourit largement et leur conseille de poursuivre leur route quelques centaines de mètres vers l’ouest, jusqu’à atteindre le Lac du Grand bois gelé. Le chant des pinsons qui y vivent attire les coulpics comme le chant des sirènes attire les marins. Inquiètes, Fanny et Almès se dépêchent de repartir dans la direction indiquée par la girafe. Almès, malgré la fatigue, distance sa mère et parvient la première sur les rives du Lac du Grand bois gelé. Elle pousse un crie d’horreur quand elle aperçoit Becrouge au milieu du lac, raide de froid, les pattes prises dans la glace. Comme elle est la plus légère, elle s’avance avec beaucoup de précautions sur la surface gelée tandis que Fanny entoure une longue mèche de ses cheveux translucides autour de sa taille, pour la retenir si la glace venait à céder. Arrivée près de Becrouge inconscient, Almès doit creuser autour de ses pattes afin de le libérer. Une fois qu’elle y est parvenu, elle le serre contre elle pour le réchauffer tandis qu’elle rejoint Fanny sur la rive. Le coulpic semble si mal en point que Fanny prend Almès sur son dos et coure aussi vite qu’elle le peut sur le chemin du retour. Becrouge qui tremble à présent de tous ses membres, est recroquevillé entre elles deux. Fanny ralentit aux abords de la maison lorsqu’elle sent de petits coups de bec contre son omoplate. Almès glisse au sol, portant toujours Becrouge contre elle. L’animal renifle l’air qui l’entoure, tout en ouvrant son œil encore engourdi. Fanny et Almès sentent à leur tour l’odeur qui a certainement ranimé Becrouge, dont elle connaisse la gourmandise. Avec toute cette agitation, elles avaient oublié que les voisins préparaient le barbecue du soir.