Les clés

Les mots : enfinsoleilespoirbleucoquelicots, proposés par Nadine Biron

Elle fouille une nouvelle fois le sol du regard, sans plus y croire, quand elle aperçoit un léger éclat, à quelques centimètres de la glacière. Enfin ! Elle le savait, ces fichues clés ne pouvaient pas être bien loin. Elle les avait certainement laissées tomber, au moment même où elle pensait les mettre à l’abri, en les glissant dans la poche arrière de son pantalon, ou encore lorsqu’elle s’était assise dans l’herbe. Elle les dégage avec des gestes brusques et retire la terre qui s’est incrustée dans chaque interstice. Comment ont-ils pu les piétiner, sans s’en rendre compte, au point de les enfouir au trois quart ? Elle savoure l’ironie qui n’a laissé affleurer que ce porte-clés ridicule, dont elle a pensé se débarrasser plus d’une fois. A cette heure, le soleil est haut dans le ciel et brûle ses épaules nues. Elle attrape la gourde et boit avec avidité, en laissant couler des filets d’eau sur son menton. Elle rassemble leurs affaires, éparpillées à droite, à gauche. Elle aura mis plus d’une demi-heure pour les retrouver. Trente minutes qui ont suffi à faire tourner cette magnifique journée au cauchemar. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’elle s’agace de la disparition de son trousseau. Il a, dans un premier temps, été conciliant, en énumérant tous les endroits où elle avait pu les laisser. Mais devant son entêtement à affirmer qu’elle les avait, sans aucun doute possible, mises dans sa poche, il s’était emporté. Le ton était monté rapidement d’un côté comme de l’autre. Les récriminations s’étaient étendues à toutes les sphères de leur vie commune. Elle s’était éloignée pour mettre fin à l’escalade. C’est alors qu’il l’avait plantée là, au beau milieu d’un champ en friche, avec les restes du pique-nique sens dessus-dessous. Elle se dirige vers la voiture, chargée de sacs remplis à la va-vite, qu’elle jette dans le coffre. La clé de contact accroche un peu, mais elle réussit à démarrer. Elle prend la route dans la direction qu’il a empruntée. Elle s’imagine que quelqu’un l’aura pris en stop, pourtant, elle parcourt près d’un kilomètre de campagne en scrutant les talus, dans l’espoir de le retrouver. Elle pile à la sortie d’un virage. Elle a aperçu, au loin, une tâche parmi les tournesols, qui pourrait être du bleu de son t-shirt. Elle s’avance lentement, sur quelques mètres pour trouver un chemin sur lequel se garer. Elle descend de la voiture sans perdre de vue la silhouette, qui contrairement à ce qu’elle pensait, s’avance vers elle. C’est bien lui. Elle reconnaît sa démarche. Il progresse rapidement. Elle se cale contre la carrosserie et le laisse venir. Elle n’a aucune idée de ce qu’ils vont pouvoir se dire. Il est face à elle. Il la dévisage longuement. Ils ne sourient pas, s’observent. Après d’interminables secondes, il lui tend un bouquet de coquelicots, qu’elle attrape avec précaution. Puis, il esquisse un vague sourire avant de s’installer, sans un mot, sur le siège passager.