L’évasion

d’après les mots: furieux – valse – observatoire – prisonnier – prothèse auditive, obtenus d’un générateur aléatoire de mots

Albert s’obstine à ne pas comprendre les regards furieux que lui lance Mme Lemieux, aussitôt relayés par des gesticulations qu’il ignore également. Quand elle écarte les bras pour lui barrer le passage, il hausse les épaules et tente de la contourner par la gauche. Elle se jette alors dans cette direction, tandis qu’il bifurque à nouveau pour l’éviter et la dépasser par l’autre côté. Déconcertée par cette valse saugrenue, Mme Lemieux abandonne la partie pour se précipiter sur le bouton d’alerte, fiché en hauteur dans le mur afin d’éviter les déclenchements malencontreux.

Imperturbable, Albert poursuit sa lente progression vers le hall vitré sans s’émouvoir de l’effroyable sonnerie qui envahit l’aile du bâtiment. Seulement, quand il atteint les portes coulissantes, un large sourire aux lèvres, il est rattrapé par deux infirmiers affublés de casques anti-bruits fluorescents qui l’attrapent chacun par un bras pour l’escorter jusqu’à sa chambre.

Jules, accroupi sur son fauteuil, la tête enfoncée dans les épaules, suit du coin de l’oeil le va et vient qui accompagne le retour de son colocataire. La directrice et les deux infirmiers se relaient, comme sur une scène de théâtre qu’il faudrait occuper coûte que coûte. De son observatoire, Jules s’assure qu’à la première occasion, Albert recrache les calmants que le plus grand des infirmiers l’a obligé à avaler. Au moment où le vieil homme bat des paupières en feignant de s’assoupir, Mme Lemieux passe la tête par la porte. Elle fait signe au soignant de quitter la pièce et ferme derrière lui, en prenant soin de verrouiller à double tour.

Depuis qu’il est prisonnier de cet établissement, Jules n’a qu’une idée en tête, et il a trouvé en Albert le complice idéal. Ils ont passé des heures à échafauder des plans plus invraisemblables les uns que les autres pour finalement s’inspirer de la mésaventure d’un résident d’un autre service qu’un aide soignant leur avait racontée, amusé par ce qu’il appelait l’évasion du siècle. Ils en sont à la partie du scénario où le vieux est ramené dans sa chambre, neutralisé par une dose de somnifère censée mettre un terme à l’aventure. Mais les deux hommes ont envisagé une toute autre fin.

Jules saute de son perchoir et avance lentement vers la porte, à l’affut de bruits suspects. Satisfait du calme qui règne dans le couloir, il s’approche du lit d’Albert qui trésaille quand il lui touche le bras. Désorienté, le fugitif fronce les sourcils en se concentrant sur ce que lui dit son ami. Le voyant pointer les index sur ses oreilles, il comprend rapidement et rallume ses prothèses auditives.

– Alors ? On les a eus ?, s’inquiète Albert.

Sans répondre, Jules s’approche de la fenêtre, et tire sur le battant déjà entrouvert.

– Sans aucun doute ! Comme prévu, l’alarme étant déjà déclenchée, ça a couvert l’ouverture de la fenêtre. Je n’ai eu qu’à couper l’alimentation du détecteur. Et hop. A nous la liberté !