Sans doute, être gentil·le, c’est certainement une chose que l’on aura demandé au moins une fois à n’importe quel enfant. Est-ce que cela aura toujours voulu dire être sage, dans chaque circonstance où cette demande aura été formulée ? Je me permettrai d’en douter. Pas nécessairement par esprit de contradiction, mais fondamentalement parce que ce n’est pas fatalement la même chose, je m’en suis rendu compte avec le temps, quelquefois à mes dépens. Et puis, sage, selon le contexte, n’a rien à voir avec lui-même. On peut être sage, sans en être un ou une. Ne pas bouger, ne pas dépasser, ne pas faire de bruit, sans pour autant avoir saisi, un tant soit peu, le sens le la vie.
Alors pourquoi, dès que l’on sort de l’enfance, être gentil·le sent tout à coup le miel, le doucereux, le naïf à qui l’on ferait faire le tour de la planète, pour tenter de sauver un brin d’herbe voué à être terrassé par une horde de tractopelles. Il ferait même le voyage à la nage, si ça valait mieux pour le bien commun, petit colibri, gentil colibri. Tandis que les autres, ceux après qui le déluge, mènent le monde à grand coup de nombrils, piétinant les brins d’herbes sur leur passage, indifférents aux conséquences, voire pire, fiers de leurs saccages. Au nom de quoi, au nom de qui ? Et ce sont eux qui finissent par avoir bonne presse, on ne sait comment. Ceux qui crient le plus fort, qui font pipi le plus loin, rendant invivable le carré de jardin du voisin, détestant le voisin tout en s’autoproclamant les garants d’un bien qui n’est que le leur, jamais coupables de rien.
Faisant ce constat, on en viendrait à douter, à se sentir idiot de croire qu’il suffit de tendre une main pour ouvrir une brèche. On en viendrait presque à baisser les bras, désemparé. On prendrait des airs, pour se faire croire que l’on n’a pas peur, puisque l’on a compris leur manège. Vraiment ? Savoir serait donc maîtriser ? Malheureusement, on sait d’expérience, on l’a vu advenir déjà, ça ne suffit pas. Là, censément, on hésite sur la marche à suivre, scrupuleux, gentil mais pas né de la dernière pluie. Inévitablement, une voix en nous serait tentée de rejoindre le camp du « à quoi bon ? », au moins pour se sentir moins seule. On hésite, mais on sent au fond que ça ne nous convient pas, que se résigner, se taire, serait le pire. Au contraire, ne faudrait-il pas être gentiment fier et le murmurer sans relâche, l’un, l’une, l’autre et les suivants, s’encourager, jusqu’à ce qu’un brouhaha ne laisse aucun doute et vienne recouvrir celui du monde, le leur. Ce serait beau, non ?
